4 couleurs, 3 polices : la direction artistique d'une renaissance

Deuxième volet du making-of du site de La Puissance de l'Éveil : comment une palette imposée et trois polices sont devenues une atmosphère qui ne ressemble à aucune autre coach.

Jim Sagnier 5 min de lecture

La direction artistique d'un site ne se juge pas au nombre de couleurs, mais à ce qu'elles racontent. Pour La Puissance de l'Éveil, je suis parti de quatre couleurs que je n'avais pas choisies (navy nuit, ivoire chaud, or ambré, terracotta, conservées du site existant) et de trois polices. Tout le travail a consisté à transformer cette contrainte en une atmosphère qui traduit une renaissance, sans ressembler à aucune autre coach.

Je suis Jimmy. J'ai conçu et développé entièrement le nouveau site de La Puissance de l'Éveil. Après avoir expliqué pourquoi j'ai quitté Wix, voici comment j'ai posé son identité visuelle.

La palette n'était pas un choix libre

Les quatre couleurs du site étaient déjà là. Navy nuit, ivoire chaud, or ambré, terracotta : Eva les utilisait sur son site existant, et elle voulait les garder. Ce n'était pas une page blanche sur ce point, c'était une contrainte.

La tentation, face à une contrainte comme celle-ci, c'est de la vivre comme un frein. J'ai fait l'inverse. Une palette imposée, quand elle est bonne, c'est un cadeau : elle élimine des semaines d'hésitation et force à travailler ce qui compte vraiment, l'usage des couleurs plutôt que leur choix.

Et cette palette était bonne. Un navy profond, un or chaud, un ivoire qui respire. Loin des codes attendus du coaching en ligne. Le point de départ était déjà distinctif.

Le vrai travail : transformer quatre couleurs en atmosphère

Choisir des couleurs ne crée pas une direction artistique. C'est leur mise en scène qui la crée. J'ai donné un nom à l'intention avant de toucher au CSS : « éveil lunaire éditorial ». Nuit chaude en fond, or comme signature lumineuse, ivoire comme refuge.

Ce nom n'est pas décoratif, c'est une boussole. À chaque décision, la question devenait simple : est-ce que ça sert l'éveil lunaire éditorial, ou est-ce que ça le trahit ? Un dégradé pastel ? Non. Un fond blanc clinique ? Non. Une photo de mains dans l'eau ? Certainement pas.

Concrètement, l'atmosphère repose sur trois principes :

  • L'alternance sombre puis clair rythme la lecture. Les sections navy plongent dans l'intime, les sections ivoire laissent respirer. Ce battement épouse le récit d'Eva.
  • L'or est réservé à l'émotion, jamais décoratif. Il souligne un mot italique, un chiffre, un appel à l'action. Rare, donc fort.
  • Des détails signature portent l'identité : une lune dorée qui dérive lentement en arrière-plan (le moon orb), un grain SVG discret sur toute la page pour la texture éditoriale.

Trois polices, une seule voix

Trois polices se répartissent le travail sans jamais se marcher dessus. Fraunces pour les grands titres, Instrument Sans pour le corps de texte, Instrument Serif pour les citations. Chacune a un rôle, aucune n'est là par hasard.

Fraunces est le choix qui porte l'émotion. C'est une police variable, avec des axes qui permettent de rendre les italiques plus douces ou plus expressives selon le contexte. Un titre comme « Sois enfin pleinement toi » peut ainsi appuyer sur le bon mot, en italique or, sans changer de fichier de police. J'ai écarté les classiques du genre (Cormorant, trop attendue) au profit de ce caractère plus singulier.

Instrument Sans porte le corps de texte. Et là, un choix de principe : pas d'Inter. C'est la police par défaut de la moitié du web, propre mais sans caractère. Instrument Sans offre la même lisibilité avec des terminaisons un peu différentes, ce qui suffit à sortir du générique.

Ce que j'ai refusé (autant que ce que j'ai retenu)

Une identité se construit autant sur des refus que sur des choix. Pour ne ressembler à aucune autre coach, il fallait d'abord lister tout ce à quoi les autres ressemblent, puis fermer ces portes une à une.

Les refus explicites :

  • Les dégradés violets et lavande. C'est le cliché absolu du SaaS de coaching, le genre de visuel qu'une IA génère par défaut quand on lui demande « site de bien-être ». Ni distinctif, ni chaud.
  • Les photos de banque d'images wellness. Mains qui effleurent de l'eau, lotus, mandalas. Zéro. Les seules images du site sont celles d'Eva. Sa preuve sociale, c'est elle.
  • Le jargon corporate. Pas de « Réservez maintenant » ni de « Découvrez mon offre ». Le vocabulaire suit sa voix : se choisir, traverser, retirer.
  • La symétrie parfaite. Les mises en page attendues rassurent mais endorment. J'ai préféré l'asymétrie contrôlée, plus éditoriale, plus vivante.

Chacun de ces refus est une décision aussi importante que le choix de l'or ou de Fraunces. Ensemble, ils dessinent en creux une identité qui ne pouvait appartenir qu'à Eva.

La suite

Une belle direction artistique ne sert à rien si elle n'est pas pensée pour celle qui la lit. La palette, les polices, l'atmosphère : tout ça devait servir un parcours précis, celui d'une femme en renaissance qui arrive sur le site.

C'est l'objet du prochain article : concevoir pour une femme en renaissance, pas pour un moteur de recherche.

Envie de sauter directement à la fin de la série ? Le bilan complet, ce que j'ai appris en passant de Wix à un site sur-mesure.